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  Cohérence
10 octobre 2019   
Relire un livre, en corriger les fautes, réécrire les tournures foireuses : une partie non négligeable de mon temps, depuis vingt ans. On ne se refait pas, je souffre de cette névrose très particulière, d'ordre visuel autant qu'intellectuel : je vois les fautes partout, d'orthographe et de grammaire bien sûr, mais aussi les espaces en trop, les apostrophes droites — elles doivent être courbées comme des virgules si on ne veut pas trahir son amateurisme1 — et tout un tas d'autres subtilités qui n'intéressent à peu près personne. Une névrose orthotypographique. Et parfois, comme c'est le cas aujourd'hui, mon côté nerd s'invite à table : si j'écrivais un script, une macro comme on disait encore dans les années 1990, pour m'aider dans ma tâche ?

En l'occurrence, corriger un livre, c'est faire une multitude de choix pour produire un résultat harmonieux, cohérent, consistent disent les anglophones. Notamment en ce qui concerne le traitement des nombres.

De un à dix, de 11 à l'infini ?


La règle de base, qui ne s'applique pas aux textes littéraires, c'est de composer les nombres en toutes lettres de un à dix (ou d'un à dix... j'hésite2 !) et en chiffres à partir de 11. Bien sûr cette règle ne peut pas s'appliquer aveuglément : parfois, on opte pour les lettres jusqu'à cent, notamment si le texte est truffé de nombres à deux chiffres3. Parfois encore, on garde en chiffres de 1 à 10, tout en hésitant toujours un peu, mais lorsqu'il s'agit d'une mesure dans un texte scientifique ou technique, ça s'impose. Sauf exception.

Exception, hésitation, décision. Vous commencez à piger, non ? Je ne dis pas "névrose" par hasard. Ce métier n'est pas de tout repos pour l'encéphale.

Pourquoi une macro ?



1. Je ne le répéterai pas cent sept ans : ici, je fais fi de toutes ces subtilités en utilisant le moteur de blog minimaliste de Mickaël Pointier, car Wordpress et consorts ont fini par me gonfler. Je réserve les guillemets français — « ceux-ci » —, les apostrophes typographiques et les chiffres elzéviriens (cf. note 3) à mes travaux professionnels.
2. L'hésitation est à la fois le moteur et l'angoisse centrale du correcteur.
3. La notion de gris typographique ne fait plus recette, mais elle vous intéressera peut-être. En ce qui concerne les chiffres, le respect du gris dicte que ceux-ci étant plus grands que les lettres dans une police donnée (car ils occupent toute la hauteur de la ligne), il est préférable pour obtenir un texte un peu soigné de les composer en lettres. C'est le cas en littérature où l'on trouve même des dates en toutes lettres, le dix octobre deux mille dix-neuf. Autre solution : si l'on ne peut pas se passer des chiffres, alors il faut employer des chiffres elzéviriens. C'est la classe ultime. Mais dans un texte scientifique ou un tableau comptable, pas du tout indiqué !
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